Contes et Légendes d'Aveyron

La Légende le trésor de Rémési dans les Raspes du Tarn

Par Le 29/12/2013

LE TRESOR DE REMESI

C’était un matin de printemps 1939, un jeudi, un paysan d’Ayssène s’n aller planter quelques pommes de terre qu’il portait dans son panier : il s’appelait Henri Vayssettes. Communément appelé  Remési. C’était un vieux garçon autour de ses 70 ans, qui menait un train de vir modeste et come on dit dans le pays, n’attachait pas son chien avec de la saucisse. Son modeste champ était tout proche. C’était une terrasse : un « faîssous » en contrebas de l’ancien château, sous le Roc de Saint-Jean, en direction de Vernobre face aux escarpements de Roquefage. Dans la rue, Remési rencontra un garçon d’une quinzaine d’années qui vivait chez des parents « Viens avec moi,luidit’il, tu m’aideras ». Une grosse pierre plate encombrait le champs elle semblait être là depuis toujours. Le  Garçon en essayant de ma dégager heurta une sorte de vieux sac de laine et des pièces d’or et d’argent s’éparpillèrent sur la terre. Les deux hommes n’en crurent pas meurs yeux. Reprenant leur esprit, ils remontèrent discrètement le trésor chez Remési en utilisant tout ce qu’ils avaient sous la main pour contenir toutes ces lourdes pièces et louant la providence ils jurèrent de garder le secret.

Le lendemain, vendredi en revenant de l’école le garçon passa sous les fenêtres de Remési qui lui donna un billet de 1000 franc et lui rappela de garder le secret. L e samedi c’était jour de foire à Villefranche-de Panat, Remési ne pu tenir sa langue et laissa entendre qu’il avait trouvé un trésor. La rumeur se répandit comme une traînée de poudre. Mais le dimanche Remési en colère, prétendit que les racontars du garçon étaient faux et qu’il répandus pour masquer le vol du billet de 1000 francs. La rumeur, bien que persistante se calmera un peu, jusqu’au 4 avril. C’est le jour de l’Adoration perpétuelle que les paroissiens d’Ayssènes surpris, virent débarquer un chapelet de voitures avec procureur, gendarmes, huissiers et journalistes. Ils venaient à Ayssènes pour le trésor de Remési.  Celui-ci, malgré un interrogatoire serré, ne s’n laissa pas compter et menaçant invita tous ce beau monde à prendre la porte.

Toute l’équipe d’enquêteurs repartie bredouille et le village resta encore plus dubitatif et frustré. Il n’est improbable que lors d’un des sièges qu’eut à subir le Château quelqu’un ai voulu dissimuler son trésor…les hypothèses et les palabres ont durées encore quelques temps. On ne constat pas une envolée du niveau de vie,plutôt bas de Remési. «  Les ans ont passé, Remési est mort, emportant avec lui son secret. Et l’étarnge découvert qui mit un jour le village d’Ayssènes en ébullition est restée une des énigmes. N’y eu t’il la qu’une folle aventure, une pure fable créée par des imaginations en délire ? Cela parait bien improbable. Ou bien la fortune est-elle passée en des mains qui ont su en faire un usage plus productif que n’aurait su le faire le brave Remési ?

 

Le trésor a-t-il de nouveau été caché quelque part ? Toutes les hypothèses sont permises et aussi toutes les espérances. L trésor se cacherait-il dans un tronc de châtaignier, quel est le mortel fortuné qui redécouvrira un jour le trésor de Remési ? »

 

            D’après le récit de  A TRAVERS CAUSSES ET RASPES

             de Gaston BOULOUIS

   

La Légende du Pas de Soucy dans les Gorges du Tarn

Par Le 26/10/2013

 La Légende du Pas de Soucy

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Etablie près de la fontaine de Burle, après avoir luttée contre la lèpre, Sainte Enimie aidée par la fortune des rois Clotaire et Dagobert, entreprend de fonder un monastère.
Bientôt les terrains sont acquis et une foule d'artisans se met à pied d'œuvre.

Or cela contrarie fort l'esprit des lieux, le génie du Tarn qu'on appelle le "Drac".
Esprit obscur, secret, insaisissable, le Drac hante les bords des torrents et des rivières. Il est le maître des eaux, le gardien des sources souterraines. Il libère le torrent qui dévaste les berges ou assagit sa course sous un ciel serein.

Séducteur, enjôleur, il surgit sous diverses apparences ; il peut se faire serpent, dragon, âne ou cheval noir dont le dos s'allonge démesurément. La bête câline à la croupe accueillante a tenté plus d'un enfant du pays... Mais arrivé au beau milieu des eaux, le canasson toujours se rebiffe : il caracole, se cabre et rue et précipite sa charge dans une gerbe d'éclaboussures... Pauvres cavaliers !

Les riverains ne sont pas les seules dupes du prince de l'illusion... Pour circuler en son domaine, le Drac se sert des gouffres et des avens qui éventrent le Causse. Il se glisse dans la moindre fissure, il arpente corridors et sombres labyrinthes sans qu'en surface, un signe trahisse sa présence.

Les bergers craignent de le voir happer une brebis ou de se sentir eux-mêmes saisis et entraînés dans les entrailles de la terre.

Sainte Enimie aussi doit affronter cette créature qu'elle imagine diabolique, au service de Lucifer.

Près de la source bénie, les travaux ont commencé. Le jour, la Sainte veille, mais la nuit appartient au démon. Le Drac surgit d'on ne sait où, ombre parmi les ombres, incarnation des forces indomptées, de son souffle brûlant, il réduit l'ouvrage à néant. Chaque nuit, il éventre le mur dressé, chaque aurore se lève sur un monceau de ruines.

La situation devient insoutenable. Sainte Enimie décide d'en finir avec ce compagnon de Satan.

Une nuit, elle prie, elle implore Dieu. A l'aube, elle obtient de lui le pouvoir d'enchaîner le Malin si celui-ci revient dans l'enceinte du couvent...

Le soir suivant, Sainte Enimie se poste. La lune luit d'un éclat bleuté. Soudain, le temps d'un battement de cils, le voilà. Il s'avance de son allure reptilienne, et ses yeux de braise décochent des éclairs aveuglants. Mais la Sainte ne se laisse point fasciner. D'un signe de croix, elle s'asperge d'eau bénite et s'élance ; elle fond sur le Drac qui déjà s'échappe et fuit le long du Tarn. A peine effleure t-il l'onde limpide des planiols.

Il connaît tous les détours, il sait tous les passages, il bondit dans le tumulte des ratchs sur la crête de l'écume et sa course soulève d'étranges bouillonnements, de sombres tourbillons de vapeur et de fumée qui aveuglent Sainte Enimie... Le Maudit parait se fondre entre lame argentée et voile de brume.
Epuisée, égarée, la Sainte tombe à genoux ; elle invoque les forces de la nature ; elle en appelle aux pierres : "A mon secours, Montagne, arrête-le.(1)"

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Du haut des falaises semble courir un long frisson et voilà que la pierre se fend, que la roche se fracture, que des blocs se disloquent et des pans entiers de paroi s'effondrent dans un terrible fracas, un tremblement de terre. Sur le Drac qui file, la rocaille s'abat mais il subit l'avalanche sans marquer de peine. Il va pour plonger dans l'un de ces gouffres, vestibule de sa demeure, lorsque l'énorme masse de la Roque-Sourde lui tombe dessus.

                            Vue du Pas de Soucy

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La Roche-Aiguille gênée dans sa descente par sa grande taille, encore à mi-pente crie :
"As-tu besoin de moi ma sœur ?
- C'est inutile, je le tiens bien !(1)
" répond la Sourde.
A cet instant, la Sainte voit le Drac pris au piège.
D'un geste, elle stoppe l'éboulement, et tous les rocs de s'immobiliser. Un ange passe. Le silence règne entre les falaises... Sainte Enimie a gagné.
C'est ainsi que depuis ce jour, si vous prêtez l'œil, vous verrez nombre de rochers penchés vers le vide comme le grand monolithe de l'Aiguille, haut de 80 m, qui semble encore contempler le Drac enseveli, stoppé net dans sa course au lieu-dit désormais : "Le Pas de Souci".

                                                 Le roc de l'aiguille

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C'est depuis ce jour que "le Tarn s'engouffre sous ces blocs avec un bruit effroyable dans les grandes crues, puis remonte en gros bouillons et reprend son cours apparent, au milieu des brisants qui peu à peu disparaissent.(2)"

Pourtant au pays, certains disent, certains font circuler le bruit que le Drac, enseveli sous l'énorme poids de la Roque Sourde, réussit à se faufiler, réussit à se dégager et cahin-caha à rejoindre sa ténébreuse demeure dans l'attente de jours meilleurs.

(1) A. Bloch Raymond, J. Frayssenge, op-cit.
(2) E.-A. Martel, op-cit.

 

Les géologues voient dans le¨"Pas de Soucy" deux principaux éboulements d'âge très différent. Le plus ancien remonte aux temps préhistoriques. Il aurait été produit par la rupture d'une immense digue naturelle, retenant les eaux du Tarn prisonnières dans le cirque des Baumes. Le dernier au dire d'un grand nombre d'auteurs, aurait été causé par le tremblement de terre de l'an 580 qui, d'après St Grégoire de Tours, fit tomber d'énormes rochers dans les Pyrénées, et dont la commotion s'étendit aux pays voisins. D'autres éboulements plus ou moins importants, sont dus soit à l'action des eaux, soit aux variations de température.

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